Karapinar : portrait d’un peuple bafoué

Dans mes souvenirs, c’est un dimanche que mon chemin à croisé celui des Kurdes de Rennes : la langueur de la fête a volé en éclat à l’apparition de danseurs drapés aux couleurs jaune, rouge et vert  du Kurdistan libre.

Mais qui donc sont ces hommes et ces femmes qui ont pris la route de l’exil pour vivre parmi nous et que nous ne voyons pas, tant ils se font discrets ?

Bien sûr la géopolitique nous enseigne qu’ils sont un peuple sans Etat, 30 à 35 millions d’individus écartelés entre la Syrie, l’Iran, l’Irak et la Turquie, mais qu’en est-il vraiment de leur histoire personnelle trop souvent faite de la brutalité des soldats, de la séparation des couples et de la loi du passeur ?

C’est André Métayer, Président de la Délégation Rennaise Kurdistan, qui m’a fait découvrir la présence à Rennes d’une vingtaine de familles originaires d’un village de montagne du sud-est de la Turquie : Karapinar.

Ce village a connu le sort « terriblement banal » de quatre mille autres villages kurdes de Turquie : au début du mois d’août 1994, des soldats de l’armée turque ont regroupé les habitants, brûlé leurs maisons, abattu les troupeaux, torturé et exécuté trois des leurs, trois bergers, pour rien ? – non pour l’exemple.

Et ce fut la peur, la fuite …et l’exil vers Rennes.

C’est cette histoire que nous racontent Yuksel, Ikmet, Kamilé, Mehmet, Necmettin, Oran, Sanye et tant d’autres, autour d’une théière qui ne semble jamais se désemplir.